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La serre surplombe l’étang des Pesquiers, entourée d’herbes folles et de cannes. Sous la charpente de verre et d’acier, la chaleur monte vite par cette belle après-midi de mai. A l’intérieur, pas de fleurs, mais un bac rempli d’un liquide vert foncé : la spiruline dans son milieu de culture. Jean-Bernard accueille le visiteur avec le sourire, avide de partager sa passion. « Avec ce soleil, la température atteint trente deux degrés dans le bassin et la quantité de spiruline augmente de 25 % chaque jour. Maintenant, la concentration en spiruline est suffisante. Je vais la transvaser dans ce deuxième bassin plus grand que nous fabriquons ».

Aidé de Germain, il déploie une bâche plastique qui assurera l’étanchéité du nouveau bassin. Germain a suivi l'an dernier la formation ''Production et gestion de ferme de spiruline'' du CFPPA d'Hyères. Cette année, il s’installe au Bénin. « Le facteur limitant dans le Var, c’est la chaleur, explique Jean-Bernard. Je mise sur cent jours de récolte par an alors qu’au Bénin, Germain pourra compter sur le double ».

L’algoculteur met en route une pompe. La spiruline s’écoule dans le nouveau bassin. Début juin, l’exploitation atteindra sa surface « de croisière » : soixante mètres cube de milieu de culture sur quatre cents mètre carré de bassin. La récolte pourra alors commencer pour perdurer jusqu’en octobre. Première étape, la filtration à travers de fins tamis pour obtenir une pâte verte, ensuite pressé pour en extraire le liquide de culture. Deuxième phase : transformation de la matière en de fin filaments au moyen d’une presse manuelle à … spaghetti, et enfin déshydratation dans un séchoir solaire.
Le procédé semble rudimentaire, presque archaïque. Les matériaux utilisés sommaires : des bâches plastique, des tuyaux, du fil de fer et des bouts de ficelle. Sur une table, un microscope. Un univers pour Géotrouvetou. « En réalité, la production de spiruline réclame un haut niveau de technicité, un contrôle permanent de la température et des propriétés du milieu de culture ». Et une présence quotidienne pendant toute la saison de production.

Mon objectif n’est pas de faire fortune

Comme le bassin se remplit, Jean-Bernard et Germain examinent l’installation et échangent des astuces. « La solidarité est importante. Si nous partageons nos informations, tout le monde en profite. Parce que c’est une technologie nouvelle, on a tout à gagner à travailler dans un esprit de coopération ».
Germain renchérit : « Dans l’agriculture, on a tout fait pour développer la concurrence. Résultat, les petits producteurs ont disparu, et les gros se battent entre eux à coup de surendettement ».
Ce genre d’agriculture n’intéresse pas Jean-Bernard. « Je voulais une culture respectueuse de l’environnement et bonne pour la santé. J’ai été attiré par les perspectives de développement d’un produit nouveau et la possibilité de la pratiquer dans le région que j’aime : la presqu’île de Giens. Cela me permet de vivre comme je le veux, de rester indépendant et me dégager entre un et un Smic et demi ».

A cette échelle (400 kg de spiruline sèche produite par an), son exploitation n’est viable qu’avec une vente directe auprès des consommateurs. Jean-Bernard mise sur Internet et le bouche à oreille. Il privilégie le contact avec ses clients, propose la visite de sa ferme. Avec d’autres petits producteurs, il a élaboré la Charte de la spiruline paysanne de France. Un concept de ferme à taille humaine.

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